Nature du projet PAMINE

Pour leur premier essai, les Suruí ont tout d’abord déterminé une zone d’environ 12 ha, proche du village de Lapetanha, qu’ils souhaitaient reforester, ou plus exactement enrichir en espèces utiles. Ils ont dans le même temps fait une liste de ces espèces. Après étude avec un ingénieur forestier, Luis Maretto (de l’association Kanindé de Porto Velho) et discussion avec des chercheurs de l’EMBRAPA (institut de recherches agronomiques fédéral), il a été jugé plus adapté de fractionner cette zone de 12 ha, en fonction des besoins propres à chaque espèce d’arbres. Certaines espèces ont été abandonnées, du fait de leur difficulté à cultiver, et laissées de côté pour une éventuelle étape ultérieure du projet.

Le nombre total d’arbres a été déterminé en fonction de la quantité de travail que les Suruí du village de Lapetanha pensaient pouvoir investir durant la saison 2005-2006 dans la reforestation sans que cela ne déstabilise leurs autres activités.

Le nombre d’arbres à planter dans un premier temps a été estimé à 1440, mais finalement 1950 arbres ont été plantés (voir plantation 2005-2006).

Objectifs

Le choix des arbres à replanter à été fait en fonction de plusieurs besoins et objectifs spécifiques, par ordre de priorité:

1. Combler des besoins traditionnels de consommation directe aujourd’hui impossibles à satisfaire par manque de ces espèces. Il s’agit en particulier des arbres dont le feuillage ou le bois entre dans la construction des maisons traditionnelles: babaçu, açaí, pupunha. On peut y inclure aussi la satisfaction de besoins plus culturels, notamment par les espèces nécessaires à l’artisanat et aux instruments rituels : tucumã, açaí, pupunha.

DSC_3240Pied de Tucumã

2. Assurer une amélioration de l’alimentation, notamment par la consommation directe des fruits. C’est le cas de l’açaí, du pupunha, du manguier, de l’avocatier, du coco, du castanheira.

3. Fournir des sources de revenus monétaires par la commercialisation des produits :

– Artisanat: c’est en particulier le cas du tucumã : la coque de son fruit permet de fabriquer des perles qui entrent dans tous les objets décoratifs Suruí : colliers, bracelets, bagues, ceintures. Le pupunha entre aussi dans la composition de certains objets (poignards décoratifs), qui pourront être commercialisés. Le problème actuel de leur commercialisation n’est pas celui du prix mais celui de l’accès au marché, le Rondônia étant dénué de visiteurs et ses habitants s’intéressant peu à l’art indigène. Des moyens d’entrer pour établir des contacts avec des boutiques spécialisées dans la vente d’art indigène, au Brésil ou à l’étranger sont actuellement étudiés, éventuellement au moyen d’un site internet.

– Fruits: c’est le cas de l’açaí (à condition de résoudre le problème de son évacuation, car il ne se conserve que 2 ou 3 jours après cueillette sans réfrigération) ; sa vente comme produit brut, non transformé en jus ou compote (ce que les Suruí n’ont pas les moyens de faire) est assez rentable : son prix au kg est supérieur à celui du café pour un temps de travail bien moindre. Pourront aussi être vendus comme fruits non transformés, si leur production excède les besoins de consommation, ceux de l’avocatier, du coco du babaçu et du castanheira (qui est certainement ceux qui offrent le meilleur prix de revient).

– Matières premières: les fruits du babaçu et du castanheira peuvent être vendus comme matière première pour en tirer leur huile. Celle-ci peut entrer dans des produits cosmétiques (savon, produits de beauté) ou, pour le babaçu, dans la fabrication de biocarburants. Les Suruí ne maîtrisent pour l’instant en rien ces techniques de transformation.

– Produits transformés: le fruit du babaçu peut permettre la confection d’un produit alimentaire, une « farinha », commercialisable au niveau local. Cette technique de transformation est assez simple et facile à mettre en œuvre par les Indiens eux-mêmes ; le freijó doit aider à la production de miel, commercialisable localement.
(Le choix de la vente de fruits pour l’un ou l’autre de ces usages sera fait en fonction de la demande locale et des prix proposés.)

DSC_0380Weitam, 86 ans tissant un panier en feuilles de palmier
 

4. Diversification biologique : c’est le cas des espèces épuisées par l’exploitation du bois : freijó, acajou et cerejeira.

5. Acquisitions des savoirs techniques et d’auto-production des ressources naturelles (semences) afin de pouvoir étendre la reforestation à d’autres zones et villages.